19 février 2017

Vermeer...Exposition au Louvre !

 

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Vermeer : le mythe du génie solitaire

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" Jeune-femme en jaune écrivant une lettre ", huile sur toile, 1665

 

 

 

Une mort précoce à 43 ans, pas de maître ni d'élèves, une trentaine d'œuvres connues dont seulement trois sont signées, le succès puis deux cents ans d'oubli. Peut-on aujourd'hui élucider le mystère de Vermeer ?

L'horizon le plus lointain qu'ait jamais peint Vermeer est celui de sa ville natale, et tout laisse penser qu'il n'en a pas connu d'autre. Encore cette longue procession de murs, de tours, de pignons, de poternes qui se dessinent entre le ciel d'argent et le miroir de l'eau a-t-elle été contemplée, dit-on, d'une demeure toute proche du Lange Geer. De même, c'est depuis les fenêtres situées à l'arrière de sa maison qu'il a pu observer la Ruelle: pour la peindre, il n'eut pas même à sortir de chez lui. Certes, dans la Vue de Delft, le panorama semble s'évader par l'arche du pont ; dans La Ruelle, la porte ouverte sur la cour creuse vers une soudaine perspective. Mais le regard bute aussitôt sur quelque plan qui borne l'évasion: derrière le pont, des toits ; derrière la cour, des murs. Pour Vermeer, Delft fut une sorte de labyrinthe.

 

 

 

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" La Ruelle ", 1657

 

 

 

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" Vue de Delft " ( 1659/1660 )

 

 

 

De là, les étranges mises en scène de ses toiles où il ne dispose ses personnages que pour manifester leur isolement. Et cela dans les 36 tableaux que nous connaissons de lui. Douze d'entre eux seront exposés au Louvre pour trois mois à partir du 22 février. On n'a vu cela qu'une seule fois à Paris (en 1966). On ne le reverra sans doute jamais tant les musées qui ont la chance de posséder des œuvres de Vermeer répugnent à les prêter, et tant les valeurs d'assurance pour les faire voyager sont exorbitantes. Un exploit rendu cette fois possible par plusieurs années de préparation, des prêts exceptionnels consentis en usant de diplomatie envers les musées de Washington et de New York, de Berlin et de Dublin, d'Amsterdam et de Londres.

 

 

 

 

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" La Laitière ", huile sur toile, 1658/1659

 

 

 

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La Dentellière ", huile suir toile marouflée... vers 1669/1670

 

 

 

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" La jeune-fille à la perle ", 1665

 

 

 

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" La femme à la fenêtre ", 1664

 

 

 

Vus séparément, ces tableaux hypnotisent par l'étrange lumière qui se glisse dans leur espace. Réunis, ce qui n'est arrivé qu'une fois auparavant, ils nous unissent comme par miracle au monde silencieux et énigmatique de Vermeer. L'exposition du Louvre va plus loin. De cet artiste longtemps isolé, «à jamais inconnu, à peine identifié sous le nom de Vermeer», comme l'avait remarqué Proust, on en sait aujourd'hui davantage: c'est le réseau fascinant des relations qu'il a entretenues avec les autres grands peintres du Siècle d'or hollandais qu'explore la rétrospective du Louvre. Elle définit, par comparaison, d'où émane le rayonnement singulier et profond de ses tableaux. Elle fait percevoir l'impression de grandeur et de mystère qui s'en dégage et saisir par quel sortilège Vermeer, en représentant le spectacle le plus quotidien et le plus banal, parvient à donner au spectateur une émotion aussi insondable, aussi exceptionnelle.

 

 

 

 

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" Le collier de perles ", 1664

 

 

 

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" La peseuse de perles ", 1664

 

 

 

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" La leçon de musique ", 1660

 

 

 

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" Diane et ses nymphes ", 1655

 

 

 

Ce que nous savons de lui tient en un nom de ville et deux dates: né à Delft en 1632, mort à Delft en 1675. L'œuvre n'est pas mieux lotie: recherchée et admirée du vivant de l'artiste, elle sombre dans l'oubli dès le début du XVIIIe siècle. Les tableaux de Vermeer, dont le nom n'est plus même mentionné, sont alors attribués à ceux de ses contemporains qui présentent avec lui des affinités comme Gerard Ter Borch, Jan Steen ou Frans Van Mieris. Ce n'est qu'en 1842 qu'un historien de l'art français, Théophile Thoré-Bürger, passionné et obstiné, va ressusciter Vermeer après plus de vingt ans d'investigations et dresser le corpus de ses œuvres. Curieux destin tout de même que celui de cet artiste né au temps de Rembrandt, oublié, puis redécouvert au temps de Van Gogh. Fromentin le néglige dans Les Maîtres d'autrefois, mais Renoir s'échappe de Bayreuth pour aller à Dresde admirer L'Entremetteuse du peintre de Delft et Manet dira à plusieurs reprises son regret de ne pas avoir vu les Vermeer du musée de Vienne. En un temps où les peintres aimaient se représenter eux-mêmes, Vermeer se garda bien de révéler son visage: si dans L'Atelier il nous montre un peintre au travail, celui-ci, indifférent au regard d'autrui, est de dos. Curieux autoportrait.

 

 

 

 

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" Le Christ chez Marthe et Marie ", 1655

 

 

 

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" Sainte-Praxède ", 1655

 

 

 

Une vie à l'étroit







Delft, au temps de Vermeer, était une ville paisible et prospère, légèrement en déclin par rapport à La Haye. Ce pays où prédominaient les valeurs bourgeoises était ouvert aux écrivains - Descartes - comme aux philosophes - Spinoza, qui y élabora sa métaphysique. De qui Vermeer fut-il l'élève? Qui furent ses disciples? On ne sait pas non plus s'il fit le voyage d'Italie dans sa jeunesse ou s'il ne connut la peinture du Caravage qu'à travers son influence sur l'école d'Utrecht. Ne nous est parvenue aucune de ces anecdotes qui restituent un cénacle d'élèves, un milieu social, un bonheur conjugal. En 1653, croit-on, il épouse Catharina Bolnes qui dut être de constitution robuste car elle mit au monde 15 enfants. Les rares documents qui concernent alors Vermeer mentionnent ses embarras financiers. Ne pouvant vivre de sa seule peinture, il est aussi marchand de tableaux, activité qu'il doit suspendre vers 1672 lors de la crise économique consécutive à la guerre avec la France. Il meurt en 1675, à 43 ans, laissant à sa veuve, contrainte de faire face à de graves difficultés, une succession obérée et huit enfants mineurs. Son boulanger, auquel il devait 617 florins, fut dédommagé par la cession de deux tableaux du maître.

 

 

 

 

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" La Courtisane ", 1656

 

 

 

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" Soldat et jeune-fille riant ", 1658

 

 

 

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" Gentihomme et dame buvant du vin ", 1659

 

 

 

On se doute que Vermeer vécut à l'étroit dans sa maison de Delft, deux ou trois pièces tout au plus, dont on retrouve les accessoires, les tissus, le mobilier dans ses toiles. L'espace, toujours le même, est celui d'une chambre unique dont on ne voit le plus souvent que la cloison de gauche avec une fenêtre ornée de vitraux, la paroi du fond rigoureusement parallèle au plan du châssis, les diagonales du sol marbré qui donnent la profondeur. Les rectangles des cartes géographiques et des tableaux suspendus au mur, les volumes simples de quelques meubles - table, chaise, clavecin - répètent avec précision le tracé des axes directeurs, déterminent les proportions, situent la place exacte des personnages immobilisés. Les étoffes et les draperies tempèrent parfois de leurs larges plis ce cadre géométrique (Gentilhomme et dame à l'épinette). D'une œuvre à l'autre, on reconnaît les chaises à têtes de lion, le tapis oriental, les instruments de musique. Les vêtements des jeunes femmes - son épouse ou l'une de ses filles qui auraient posé pour lui - sont eux aussi identiques: une veste bleue bordée d'hermine, une robe de soie jaune, des perles (La Peseuse d'or). Vermeer, comme ce sera plus tard le cas pour Cézanne, ne se sent pleinement à l'aise que devant le calme impalpable de l'univers du tableau. Tout apparaît comme le royaume de la géométrie: lignes et formes s'y décantent pour s'ordonner selon le volume cubique de la pièce, les parallèles des poutres au plafond, le quadrillé noir et blanc du carrelage sur le sol. Murs, portes, fenêtres s'emboîtent, s'articulent comme un jeu de construction. Vermeer pousse cette dictature de l'équilibre presque jusqu'au vertige selon une rigueur dont se souviendra Mondrian.

 

 

 

 

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" Gentilhomme et dame jouant à l'épinette ", 1662

 

 

 

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" La joueuse de luth ", 1664

 

 

 

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" le concert ", 1665

 

 

 

Rendre la lumière par la couleur







L'exposition du Louvre gravite autour de Vermeer, représenté par 12 tableaux. Une œuvre peu étendue. Même si un certain nombre de ses toiles a disparu, il est évident que Vermeer n'appartient pas à la catégorie des artistes qui travaillaient vite, laissant libre cours à la plume, au burin ou au pinceau. Aucun dessin, aucune gravure n'ont jamais pu lui être attribué. Créer avec lenteur caractérisait l'œuvre de Vermeer: en vingt-deux ans, de 1653 à 1675, il a réalisé entre 45 et 60 tableaux. Il peignait donc deux ou trois toiles par an. Rapportée à celle de ses collègues, sa production était étonnamment réduite. Cela pourrait expliquer son manque de diffusion, mais la vraie raison doit être ailleurs: cette production, peu nombreuse, semble avoir été jalousement gardée par de rares amateurs. Pendant pratiquement toute la carrière de Vermeer, un seul et même collectionneur, Pieter Claesz van Ruijven, achètera régulièrement ses tableaux qui ne seront donc vus que par un public restreint.

 

 

 

 

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" L'atelier ", 1666

 

 

 

A ses débuts, comme tout jeune artiste, Vermeer est séduit par la nouveauté et l'audace. Il se rallie à l'école d'Utrecht, tout auréolée du caravagisme le plus récent. Ses toiles atteignent presque 1,50 mètre (Le Christ chez Marthe et Marie) alors que plus tard, elles oscilleront entre 40 et 70 centimètres. Avec Diane et ses nymphes puis L'Entremetteuse, il est encore aux prises avec les enseignements qui affluent de partout. Mais, brusquement, c'en est fini des tâtonnements: commence la série des petits tableaux aux sujets d'intimité où sa technique s'affirme d'emblée avec tant de décision et de constance qu'il n'est pas aisé d'y percevoir une ligne d'évolution ou une chronologie. Un véritable miracle s'ébauche avec La Dormeuse et se réalise pleinement avec la Jeune fille lisant une lettre, dite aussi La Liseuse à la fenêtre. Immobile et recluse dans sa lecture, elle ne livre que le reflet de son visage sur la vitre de la fenêtre. L'épais rideau vert en trompe-l'œil, dont on ne sait ce qu'il cache, sert à la fois de liaison et de séparation à l'inaccessible liseuse que protège encore le rempart de la table couverte d'un tapis rouge et d'une coupe de fruits. Vermeer, pour la première fois, découvre le royaume secret où il aimera s'évader, «un calme de rêve, dira le critique Huizinga, une immobilité complète, une élégiaque clarté, trop fine pour être appelée mélancolique». Si l'on confronte au tableau de Vermeer une œuvre de même sujet, La Vieille Messagère, peinte par son contemporain Jan Steen, il apparaît bien que ce n'est pas dans le choix des thèmes que Vermeer se distingue des autres, mais dans sa manière de les peindre: il n'est pas un narrateur, les gestes quotidiens qu'accomplissent ses personnages n'ont pas de signification anecdotique. Nous sommes en présence d'un mouvement du corps ou de l'épaule, d'une attitude ou d'un regard, non d'une illustration des activités humaines. La lumière qui se glisse dans l'espace, qui joue autour des personnages et des objets, ajoute une dimension de plus: elle accentue avec subtilité, jamais avec excès. Deux siècles avant les impressionnistes, Vermeer a su rendre la lumière par la couleur.

 

 

 

 

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" Jeune-femme assoupie ", 1657

 

 

 

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" Dame et sa servante ", 1667

 

 

 

Peinte sans doute dans les années 1658-1660, La Jeune Fille et le Soldat inaugure une série de tableaux où Vermeer puise dans la tradition commune (voir par exemple La Visite importune, de Gabriel Metsu) mais pour mieux s'en éloigner par la qualité de l'exécution et les raffinements chromatiques: «Quand on regarde Vermeer de près, avait remarqué Van Gogh, c'est incroyable, c'est peint avec de toutes autres couleurs que lorsque l'on regarde de loin.» Cette matière picturale, posée en couches lisses et bombées, parfois même en gouttes denses aux coupelles réverbérantes, donne à la couleur son éclat et à la lumière son rayonnement. «Chez lui, ajoute René Huyghe, ce n'est pas le sujet qui nous touche mais l'expression artistique, de même que chez Mozart, dans Cosi fan tutte, ce n'est pas le thème qui nous retient mais l'expression musicale».

 

 

 

 

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une nouvelle fois...La lettre, 1670

 

Ce tableau a été donné en 1676 par la veuve du peintre au boulanger chez qui elle avait une dette de deux ans de fourniture de pain.
Dans ce tableau revient une dernière fois le thème de la lettre : dans l’angle d’une chambre qui a toutes les caractéristiques des pièces typiques de Vermeer, une jeune femme est occupée à écrire une lettre.
A côté de la fenêtre se tient la domestique qui regarde distraitement dehors, figée dans une attente immobile : elle semble attendre que sa maîtresse ait fini sa lettre pour aller la porter.
L’immobilité de statue de la servante, évidente dans le traitement des plis de la robe, contraste avec la figure dynamique de la maîtresse construite à l’aide de lignes obliques et baignée dans une lumière crue.
Vermeer exprime ainsi la tension spirituelle de la jeune femme et son implication émotionnelle dans l’écriture de la lettre.
Il semble qu’elle répond à une missive qui ne lui a pas plu et que l’on aperçoit chiffonnée sur le carrelage au premier plan.
Le tableau suspendu sur le mur du fond, « Moïse sauvé des eaux », est le même que celui que l’on aperçoit en plus petit dans l’Astronome.
A l’épisode biblique du sauvetage de Moïse par la fille de Pharaon pourrait être associée une réflexion sur la capacité de Dieu à appaiser les oppositions les plus profondes.

 

 

 

 

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" La lettre d'amour ", 1669

 

C’est le seul tableau dans lequel Vermeer a construit une scène en perspective par l’enfilade d’une porte : le point de vue de l’observateur est situé dans une antichambre obscure où l’on entrevoit un siège, des feuilles de musique (sur la droite) et une carte de géographie délavée (sur la gauche).
Dans la pièce que l’on découvre par la porte, lumineuse et riche, une domestique vient de remettre une lettre à sa maîtresse.
Cette femme, qui était occupée à jouer d’un instrument, se tourne vers sa servante d’un air préoccupé.......



 

 

 

 

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" L'astronome ", 1668

 

 

 

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" Le géographe ", 1668

 

 

 

Vermeer, au-delà du mystère









On ne connaît de lui aucun mot, peu de faits, pas même la date exacte de sa naissance, mais sa Laitière et sa Jeune fille à la perle sont devenues des icônes. A l'occasion de l'exposition magistrale que dédie le musée du Louvre à Vermeer et aux «maîtres de la peinture de genre», Le Figaro Hors-Série se penche sur le «sphinx de Delft» : l'historien Timothy Brook révèle comment ses tableaux peignent un monde dont les frontières atteignaient la Chine ; Jean Clair, de l'Académie française, décrypte l'énigmatique tableau de la Femme à la balance, Bérénice Levet dresse le portrait de la toute jeune nation hollandaise, Laurent Dandrieu évoque la musique silencieuse de Vermeer et Stéphane Guégan la fascination de Proust pour le prodige de Delft. Beau comme un livre d'art, ce numéro prolonge idéalement la magie d'une exceptionnelle rencontre avec la peinture hollandaise.Antoine Cerrutti.




Vermeer et les maîtres de la peinture de genre, du 22 février au 22 mai, musée du Louvre, hall Napoléon. Catalogue sous la direction de Blaise Ducos, coédition Musée du Louvre/Somogy

 

 

 

 

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Commentaires sur Vermeer...Exposition au Louvre !

    Bonjour ma petite Manise, c'est un beau billet que tu as fait sur ce peintre Vermeer, dont les tableaux sont très connus...j'aime l'atmosphère paisible et sereine de ses intérieurs et des couleurs qui lui ont servi pour peindre ses modèles, quelle beauté...
    j'espère que tu vas bien et que vous êtes remis de cette opération...Chez nous c'est toujours agité avec les travaux et maintenant la présence du petit fils pendant les vacances de Pâques.
    je te souhaite une bonne semaine - Bisous - Landrie

    Posté par valerie-anne40, 20 février 2017 à 13:35 | | Répondre
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